Loin de ce que j’imaginais
Aujourd’hui, à presque 40 ans, je suis loin de ce que je m’imaginais lorsque j’avais 16 ans. Beaucoup de personnes ressentent sûrement la même chose, je pense. Je me voyais heureuse, mariée, avec 3 enfants : 2 filles et un garçon. J’avais déjà leurs prénoms : Alix, Maxence et Mélodie. Mais voilà, la réalité est tout autre. On pourrait dire que c’est l’exact contraire, plutôt malheureuse, et surtout sans un seul enfant. Je pense que je n’en aurai jamais.
Si j’écris aujourd’hui, c’est surtout que je me demande si cet avenir sans enfants est en fait choisi ou subi. Hier encore, je vous aurais dit choisi, mais maintenant je me questionne réellement.

La grossesse
Avant d’avoir un enfant, il y a évidemment le cap de la grossesse à passer. J’ai plusieurs amies et collègues. Elles ont été enceintes à peu près au même moment. Elles étaient à des âges différents, de 32 à 40 ans. Chacune a vécu sa grossesse différemment. Pour certaines, ça s’est très bien passé. Cependant, pour plusieurs, ça a été difficile. Mon cerveau n’a retenu que ces derniers cas. Les nausées, les douleurs, les complications de la grossesse (prééclampsie), césarienne en urgence et même fausse couche à 8 mois. Celles ayant connu les complications les plus graves ne souhaitent plus d’enfants. Malheureusement, j’ai gardé ça en tête. Je crois que cela a développé chez moi une véritable peur d’être enceinte. Surtout en prenant de l’âge, les risques de complications augmentant avec.
Alors évidemment, on peut avoir des enfants sans être enceinte. Cela peut se faire par le biais de l’adoption. Dans certains pays, la gestation pour autrui est aussi une possibilité. Mais pour l’adoption, c’est un parcours compliqué. Je ne suis pas certaine de vouloir le suivre (manque de courage peut-être). Et pour la GPA, la question ne se pose pas, étant illégale dans mon pays.
Mon rapport aux enfants
Il faut dire aussi que je n’ai pas vraiment l’instinct maternel, et je crois que je ne l’ai jamais eu. J’ai plus de 10 ans de différences avec mes cousins. À l’époque lorsqu’on m’en mettait un sur les genoux, je devenais complètement gauche. Certes j’étais très jeune. Pourtant, je ne ressentais rien à part de la peur. J’avais peur de le faire tomber. J’avais peur de lui faire mal. J’avais peur qu’il me vomisse dessus. Bref, tout sauf du plaisir. Cette peur ne m’a jamais quittée, les réactions étaient les mêmes lorsque ma nièce est née. Alors on me l’a souvent dit, peut-être pour me rassurer, « c’est normal d’avoir peur ».
Mais s’il n’y avait que ça. Les pleurs de bébé ou d’enfant, quand ce ne sont pas des hurlements, m’insupportent au plus haut point. Je comprends le désarroi des parents dans ces moment. Malheureusement il n’y a pas de bouton on/off. Je sais que je serais incapable d’y faire fasse. Sinon, je partirais moi-même en crise. (Un petit coup de spasmophilie ça peu impressionner.)
Et que dire de l’adolescence ? On entend souvent les « je te déteste ». Ils semblent avoir honte de vous quand ils sont avec leurs amis. Non mais quels ingrats ! Ce n’est pas parce qu’ils sont plus grands et presque indépendants qu’on ne se fait pas du mouron pour eux. Etant une angoissée de la vie, je ne sais pas si c’est une bonne idée d’en rajouter une couche.
On me l’a répété également, ce n’est pas pareil quand ce sont tes enfants. Il parait en effet que l’on supporte mieux l’insupportable quand ce sont les nôtres. Mais je suis désolée, je n’ai pas envie de vérifier si c’est vrai. Imaginez un peu que ça ne fonctionne pas pour moi. Il y a déjà suffisamment d’enfants malheureux. Ce n’est pas la peine d’en faire un de plus.

Vrai choix de vie ?
Après ce que j’ai écrit dans le paragraphe suivant, vous devez vous dire : heureusement qu’elle n’a pas d’enfant. C’est un réel choix de vie. Comme je l’ai dit hier je vous aurais approuvés, mais aujourd’hui je me pose vraiment la question. Comment à 16 ans je pouvais rêver d’une famille, nombreuse qui plus est, et être aux antipodes aujourd’hui. Est-ce que mon parcours de vie m’a poussé à renoncer à ce « rêve » ? Subis-je cette situation que je pensais avoir choisie ?
Et si j’avais connu quelqu’un avec qui j’aurais véritablement voulu construire mon avenir ? Aurais-je eu la même réflexion ? Et si j’avais rencontré quelqu’un qui avait déjà déjà un ou des enfants ? L’aurais-je rejeté lui et ses enfants ? Parce que c’est sûr qu’étant célibataire, les questions ne se posent pas dans l’immédiat.
Au fond n’ai-je pas peur aussi que mon potentiel enfant connaisse les mêmes difficultés que moi ? Les enfants sont durs entre eux, serais-je en mesure d’aider et de supporter la détresse de mon enfant ?
Beaucoup d’autres questions me viennent. Elles me font ainsi penser que ce choix est la conclusion d’une réflexion tumultueuse. Cette réflexion est pleine de pours et de contres. Pour le coup les contres l’ont emportés.
